VOILIERS ESTIBET

La TRANSAT

Pourquoi faire une transatlantique ? Dans mon cas la motivation venait principalement pour connaître et partager une longue navigation de plus d’une semaine et s’amuser sans esprit de compétition ou de régate. Mais aussi de mon intérêt pour les grands navigateurs tels Magellan, Vasco da Gama, Christophe Colomb. Ces grands navigateurs, quant-à eux étaient stimulés pour des raisons économiques et de découverte : Christophe Colomb était persuadé que Haïti était Cipango (le Japon) et la Barbade les Moluques (archipel est Indonésie) !!

« S’opposant au retour des navires portugais vers Lisbonne ou Lagos, ces vents contraires firent des capitaines du prince Henri sinon les premiers navigateurs hauturiers de l’histoire, du moins les inventeurs des méthodes universelles de navigation en haute mer. Se posa alors à Sagres un premier problème inopiné, puisque la poursuite de l’exploration de la mer du Sud exigeait de mieux remonter au vent. Il fut brillamment résolu par l’adoption d’un navire adapté à ces conditions de navigation, la caravelle, et surtout par une conception révolutionnaire de la navigation à voile, la volta. […] La volta était un vaste détour vers les Açores vers lesquelles on se laissait pousser par les vents de nord-est. avant de piquer cap à l’est sur le Portugal, au lieu de s’échiner à remonter en route directe en louvoyant au plus près. On l’appelait volta do mar largo, ou volta des Sargasses. […]

Les Portugais savaient désormais aller d’un point à un autre non plus en suivant la côte, ni même en ligne droite, mais en tirant un large bord vers les vents portants. […]

La volta fut l’intuition déterminante de la découverte maritime du monde et de l’histoire de la navigation. Comme l’agriculture remplaçant la cueillette et l’élevage la chasse, la domination du vent fut l’une des étapes majeures de notre civilisation » Contre-amiral François Bellec

Derniers intérêts: la pêche, les ciels étoilés et écouter nos programmes de musiques préférés.

L’intérêt pour le Rallye des Iles du Soleil était principalement sur la sécurité, mais il y avait aussi la rencontre avec d’autres équipages et je me suis fais pleins d’amis. L’organisation du rallye m’a paru irréprochable, même si je me suis permis de les « taquiner » notamment sur les jolies boucles de M Alain Ponchon ou sur le météorologue avec les quelques déboires météo qu’on a eu. Mon collègue médecin anesthésiste (Dr Phillippe Bouillard) de La Rochelle est très sympa.

J’ai exercé, avec plaisir, mon métier, d’abords aux Canaries (une patiente en vacances au Cap d’Agde ne trouvait pas de médecin sur place et j’ai donc fais une téléconsultation), puis à Mindelo (Cap Vert) avec un équipier d’un RM et un jeune du voilier Yec’hed Mad – Gib’sea 372. Je renouvellerai d’ailleurs avec lui une consultation en pleine mer via Iridium.

Le départ est donné le 9 novembre dans la baie de Mindelo. Les batteries des bateaux et des hommes sont optimales. On retrouve un parfum de départ de régate. Les conditions de vent sont excellentes avec du nord est faiblissant peu aux abords de Santo Antao. Les 27 concurrents, sous genneker, vont rester relativement groupés jusqu’à la pointe de l’île de Santo Antao.

Nous croisons un banc de dauphins globicéphales. Nous verrons, sur la traversée, peu d’animaux à l’exception d’un probable cachalot qui nous croisa en sens inverse à 100 m du bateau et des hordes de poissons volants.

Lors de la première partie de la traversée, le vent (Alizées) est assez stable (15 à 20 nœuds). Nous avons correctement évité la dévente de Sao Antao qui peut s’étendre sur près de 150 miles au Sud.

Le train train monotone de transat s’installe. Je passe du temps à observer la mer et notamment les poissons volants. Les couchers de soleils sont souvent parasités par des nuages et Jean-Pierre s’acharne tous les soirs à essayer de prendre de belles photos – ou apercevoir le « rayon vert » Le soleil est correctement présent, et se signale par la chaleur qu’il procure lors de ses apparitions. Mais des cumulonimbus impressionnants de la taille d’un building obstruent le ciel assez fréquemment. La houle est de 2-3 mètres.

Le train train s’installe aussi au niveau de l’équipage et je regretterai les séances de jeu (de cartes ou autres), d’écoute de musique ou d’apéritifs conviviaux présents sur les autres bateaux. Le capitaine débute ses journées par la réception et l’envoi d’infos par satellite vers le PC de l’organisation du rallye, et notamment la météo. Les quarts de nuit s’enchaînent aussi, monotones: on croisera 3 cargos sur le trajet. Je les ai appelé à la VHF pour s’entendre sur nos caps respectifs. Mon anglais africain me permettant de passer pour un professionnel ! Un poisson volant m’a visé la nuit s’écrasant sur le caisson de cockpit juste sous mes fesses. Nous bénéficions du système AIS (pour situer les autres navires) avec un répétiteur Raymarine précisant la distance et la position des cibles. Malheureusement l’alarme était débranchée nécessitant une veille accrue. Les repas de bords sont bons, notamment agrémentés pendant 2 jours par la prise d’une petite dorade coryphène que j’ai remonté assez facilement. Hélas, la perte de 2 leurres décida notre capitaine de rentrer la canne à pêche à mon grand désarrois.

Vers le 15 novembre, le vent forcit, et nous croisons la route de nos premiers grains tropicaux (la vitesse du vent s’accroît de façon brusque et marquée avec un net changement de direction (45 à 90°), avec des averses de pluie, ou des orages. Ils ne durent généralement que quelques minutes). Ce phénomène, particulièrement redouté des voiliers, est fréquent .

Le 18 novembre, on croise GROZIBOU, Beneteau Océanis 461 (Patrick et Robbie).

A partir du 19 novembre, nous faisons connaissance avec une « onde d’Est »

Les ondes africaines d’est sont des perturbations de la circulation atmosphérique estivale (creux barométrique) qui se développent au-dessus de l’Afrique du Nord et se propagent vers l’ouest. Elles prennent naissance lors du passage des masses d’air venant de l’Est au niveau des montagnes du Kenya. Elles traversent le continent africain puis la région équatoriale de l’Atlantique Nord jusqu’ aux Caraïbes à une vitesse moyenne de 15 nœuds (25 à 30 km/h).

Elles se caractérisent par un ciel chargé sans soleil avec des grains et orages violents suivis de courtes molles mais pénibles et une mer formée. Cette onde sympathique nous suivra pendant 3-4 jours. Les orages sont impressionnants, durant toute la nuit avec des éclairs dans tous les sens. Nous aurons aussi 2 grains violents. C’est loin du souvenir des alizées que j’avais et plus proche en fait d’une traversée du golfe de Gascogne ou d’une nuit orageuse vers les Baléares.

Les grains se succèdent et nous poursuivront jusqu’au bout, mais on se rapproche de Marie-Galante… et de ses ennuis (DCP Dispositifs de Concentration de Poissons, casiers, filets…).

Le 23 novembre au soir, on fête mes 60 ans avec une bouteille de champagne offert par Sylvie et Alain, ainsi que des cadeaux d’Hassina et Jean-Pierre (un splendide couteau breton et un drapeau du Capitaine Haddock).

Le 24 novembre Marie Galante est en vue au bout de 15 jours de navigation. On se présenta de jour. Le calme arriva dès que nous seront sous le vent de l’île. La baie de Saint Louis approche et nous sommes chaleureusement accueillis par le Zodiac de l’organisation qui nous offre une bouteille de Rhum Bielle et nous accompagne à partir de la ligne d’arrivée jusqu’au mouillage.

Enfin les cocotiers ! Nous débutons les festivités par un petit déjeuner organisé avec ses jus de fruits délicieux.

Le reste concernera les festivités (groupes locaux, remises des prix, arrivées des autres bateaux…) et les visites de l’île avec notamment la Rhumerie Bielle.

Les amis de Iago (Oceanis 37), les 2 Dominiques et Eric arriveront le lendemain, ainsi que les jeunes de Yec’hed Mat (Gib’sea 372) avec François.

Merci aux amis de Iago (Dominique et les 2 Eric), de Grozibou (Patrick et Robbie), d’Architeuthis 3 (Jean Marc, Sylviane, Hervé…), Loulou (Katia et Marc) et Yec’hed Mat (François).

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